Sophie Zénon

 

 

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Visages / Paysage, l'été, 2014. Huit photographies sur plexiglas d'opacité et de formats différents, métal, bois, néon, 33 x 100 x 15 cm.  
 
 
Sophie Zénon
 
 
 

De projets en projets, Sophie Zénon affirme son écriture, développe un univers personnel et atypique où l'expérimentation occupe une place centrale. Pour chaque nouvelle recherche, elle fait appel à un outil photographique différent, à une technique de tirage spécifique ou à un support particulier. Ainsi naissent de somptueuses matières, des objets uniques, des installations ou encore des livres d’artiste.​ Sophie Zénon réalise ses premières photographies à la fin des années 1990 en Mongolie, un pays qui la fascine pour ses grands espaces et pour le rapport de ses habitants à une nature qui vibre, palpite. Sa découverte du chamanisme, ce système global de pensée dans lequel le monde invisible, et notamment les ancêtres, interagit avec le monde des vivants, la mène en 1998 à reprendre des études universitaires en ethnologie et en sciences des religions. Marquée par cette expérience, sa démarche artistique se concentre depuis la fin des années 2000 sur cette préoccupation de la disparition, sur la mise en scène photographique de l'absence, sur notre rapport au corps après la mort, à la filiation. Ses photographies des "Momies de Palerme" (Italie) est emblématique de sa démarche. Saisies avec délicatesse, elles semblent vibrer, voire danser, entre présence et disparition, faisant ainsi vaciller la frontière entre la vie et la mort.​ Lauréate du prix "Résidence pour la photographie" de la Fondation des Treilles (2016), du Prix Kodak de la Critique (1999), de la bourse Chroniques Nomades (2000), nominée à la villa Kujoyama (2015), au Prix Niépce (2011, 2015), au Prix de l’Académie des Beaux Arts (2010), son travail fait l’objet de nombreuses expositions en Europe et a intégré des collections publiques.

 
 

« Personnel comme tout univers, celui de Sophie Zénon est empreint de quelque chose de mystérieux et de magique, comme si le chamanisme, objet de ses études universitaires, avaient le pouvoir de ressurgir dans ses images. [...] Des images de Sophie Zénon, on retient d'abord la poésie, la sensibilité et l'intemporalité. Elles se tiennent dans une dimension particulière, où le réel n'a pas vraiment de prise, reflet d'un univers très personnel nourri d'une histoire peu ordinaire, de la lumière de sa Normandie natale, de l'Italie de ses origines, de ses rêves d'ailleurs, toujours réalisés, de son intérêt pour l'anthropologie et l'histoire de l'art. [...] Sophie Zénon ne croit pas au pouvoir de la photographie de changer le monde. C'est peut-être la raison pour laquelle, pourtant si concernée par la mort et la disparition, elle se tient néanmoins loin des guerres et des conflits. Sa quête est plutôt orientée vers la question du "passage" : pays en transition, situations en pleine mutation et évidemment, le grand passage, celui de la mort, qui demeure centrale dans sa quête [...] En Mongolie, au Cambodge ou ailleurs, Sophie est la recherche de ses images intérieures ; ses voyages deviennent un écran où se projeter ; les lieux, le décor du combat entre ses anges et ses démons qui la précédent ou la suivent, partout dans ses pérégrinations. » 

Laura Serani, extrait de la préface du livre d'artiste Roads Over Troubled Water, Schilt Publishing, Amsterdam 2010.