Serge Charchoune

Charchoune, Nature morte, 1928

Nature morte, 1928. Huile sur toile, 33 x 46 cm 

Serge Charchoune (1888, Bougourouslan - 1975, Paris)

 

Dès l'adolescence, Charchoune envisage l'art comme le "domaine de l'extase". En 1909, il voyage à Moscou, ville alors ouverte aux avant-gardes. Premier séjour à Paris en 1912, mais à la déclaration de guerre en 1914, il se réfugie à Barcelone avec les Delaunay, Albert Gleizes, Marie Laurencin et Francis Picabia. À Barcelone, en 1916 et 1917, il expose des oeuvres abstraites proches de l'esprit Dada à la galerie Dalmau, lieu de rencontre des expatriés. Avec Picabia qui l'introduit auprès de Tristan Tzara et des dadaïstes dès son retour à Paris en 1919, il prend une part active à leurs manifestations et leurs expositions et collabore aux publications Dada. Il participe à la manifestation internationale "Salon Dada" en 1921 à la galerie Montaigne à Paris et écrit avec la complicité de Philippe Soupault - son français étant plutôt approximatif - son poème illustré de ses propres dessins mécaniques Foule Immobile, puis organise la soirée "Dada lir kan". À Berlin, en 1922-1923, il publie en russe Dadaïsme et expose à la galerie Der Stürm. De 1926 à 1928, ses oeuvres sont influencées par le Purisme. A partir de 1952, son inspiration procède d'une thématique musicale qu'il transpose dans des peintures aux modulations quasi monochromes de plus en plus dépouillées. Pendant toute sa vie, de nombreuses expositions ont eu lieu tant en France qu'à l'étrange. En 1971, le Musée d'Art Moderne à Paris lui a consacré une importante rétrospective. 

"Les toiles de Charchoune sont imprégnées de parfums. Elles déroutent la critique, elles défient les juges, parce-qu'il faut les sentir. Il faut les sentir à bras-le-corps, entrer dans leurs subtils rouages, se noyer dans ces mers de sentiments gouvernés par le rythme. Charchoune est un peintre pour les peintres, a dit quelqu'un. C'est un très bel éloge. Mais je pense que toute âme simple peut comprendre Charchoune. Il suffit d'être sans préjugé pour un instant. Qui n'aime, sans préjugé, se promener dans des nappes de parfums ?  D'olfactifs devenus visuels ; mais aériens toujours. Aériens comme aria.  C'est Charchoune, aujourd'hui, qui peut nous jouer un air tout nouveau sur un air très ancien. Le changement d'air que nous cherchons, il nous l'apporte. Nous avons tous besoin de changement et d'air, et d'airs nouveaux. Au lieu d'aller où va la foule pourquoi ne pas prendre nos vacances sur une toile de Charchoune ? Il n'y a pas de meilleur rafraîchissement. "

Michel Seuphor, Charchoune, Galerie Jean-Claude de Chaudun, 1957